« Nous allons mener cette étude, en s’inspirant de d’autres études que nous avons effectuées dans la sous région, pour comprendre comment les enfants vivent les contextes de crises. Ici, c’est la mendicité et les filles qui nous intéressent. Est-ce que cette condition d’être une fille, et cette mendicité chez les enfants ont un impact sur la santé mentale et le développement psychosociale des enfants, » a expliqué le Pr Serigne Mor Mbaye psychologue, clinicien, Directeur du CEGID. Selon lui, cette étude est inédite, parce qu’il n’a jamais été question de chercher à comprendre comment les enfants qui sont dans l’errance, la vivent. Quel impact ça a sur leur santé mentale, sur leur bien être émotionnel, sur leur estime de soi. Qu’est-ce ça fait pour un enfant d’être arraché à ses parents et d’être conduit dans cet enfer de l’errance et de l’exploitation économique. Qu’est-ce que le fait d’être une fille peut avoir comme impact dans le développement psychosocial chez une fille.
Beaucoup d’études quantitatives ont été menées sur la mendicité, pour mesurer combien d’enfants sont mendiants, d’où ils viennent, etc. Mais le fait d’être mendiant de l’âge de 6 ans jusqu’à 19 ans, d’être dans la rue confronté à tous les risques. Qu’est-ce cela fait ? C’est une première. « C’est un intérêt extraordinaire. Car ça va nous permettre deux choses : d’abord de battre en brèche les arguments de certains escrocs, des forces sociales qui ne sont pas intéressés à ce que cette mendicité cesse. Parce que ça leur rapporte de l’argent, » a souligné le Pr Serigne Mor. De son avis, ceux-là disent que la mendicité conduit à l’humilité, la mendicité forge la personnalité du sujet. « Nous allons chercher si c’est vraiment ça, » leur réponde t-il, avant d’ajouter « Nous allons comparer ces enfants avec des enfants qui ne mendient pas, pour évaluer maintenant, à des fins de conduire notre société à comprendre, qu’aucune société humaine ne peut émerger économiquement, et sortir de la crise en sacrifiant des milliers d’enfants, » a soutenu Serigne Mor, qui pense que c’est une honte qu’on accepte dans cette société que des « enfants soient tués, c’est-à-dire handicapés à vie du fait d’être errant toute leur vie. Au lieu d’être en famille et à l’école ».
Pour Mor Mbaye, dans ce pays il y a beaucoup de bonnes volontés des hommes et des femmes qui travaillent volontairement pour accompagner les enfants au plan Psychosocial. Mais ils ne les connaissent pas. « Ils ne savent pas ce qui est dans leurs cœurs. Ils connaissent leurs besoins peut-être sociaux. Mais Est-ce le fait d’être projeté à ces âges-là, dans cette vie sociale, dans cette pagaille immaniable, qu’est la rue. Comment ça l’affecte. A partir de ce moment, il me semble, on peut conduire une offre de service de qualité. Mais on ne peut pas tout simplement les compter, leur donner à manger, à s’habiller. Ce n’est pas ça, » fustige t-il. Pour lui, un être ce n’est pas que ça, il ya des choses qui dépassent la question bassement alimentaire, pour être dans la vie psychique de l’enfant, sa psychologie, ses facultés d’adaptation, son bonheur. « Tout ceci est constitutif de l’être. Et ça a été quelque peu négligé, » déclare Serigne Mor..
Le fait d’être une fille dans une maison, à l’en croire, c’est rester arrimée aux charges domestiques, à des tâches bassement matériel. « De quoi ces filles sont victimes ? s’interroge t-il. La presse en relate quotidiennement, c’est l’abus sexuel. 90% des abus sexuels se passent dans l’espace domestique, dans l’environnement de l’enfant, dans les écoles dans les daara, dans des espaces sensées les protéger, ». Là aussi l’étude va chercher à y voir un peu plus clair, comment ça se passe quel est le vécu des jeunes filles dans cet environnement ?
Pape DIEYE

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